À New York, Laurent Saint-Cyr rejoue la carte de l’impérialisme et de l’échec
Le président du Conseil présidentiel de transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, est arrivé samedi 20 septembre à New York pour participer à la 80e Assemblée générale des Nations unies. Officiellement, il s’agit de plaider pour le rétablissement de la sécurité et la préparation d’élections en Haïti. En coulisses, c’est surtout l’avenir de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) qui se joue, alors que les États-Unis et le Panama poussent à sa transformation en « Force de suppression des gangs ».
Dès le lundi 22 septembre, une réunion au Conseil de sécurité a abordé cette proposition, soutenue par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, que Saint-Cyr a rencontré dimanche. Une réunion tripartite est également prévue entre Haïti, les États-Unis et le Kenya, pays chargé de conduire cette mission. Mais le projet suscite déjà des réticences : Chine et Russie ont brisé le silence, bloquant l’adoption rapide d’une résolution et renvoyant les débats après l’Assemblée générale. Le mandat de la MMAS expire le 2 octobre 2025, sans certitude de prolongation.
Une diplomatie sous tutelle
L’enjeu de ce déplacement est présenté comme vital par le CPT : rétablir l’ordre, organiser des élections « crédibles », restaurer l’autorité de l’État. Pourtant, la scène diplomatique cache une réalité tenace : les décisions cruciales sont toujours dictées de l’extérieur. Washington, via l’ONU et le Conseil de sécurité, conserve un rôle central dans la définition de la stratégie sécuritaire, et Haïti n’apparaît que comme un figurant dans une pièce écrite ailleurs. L’histoire récente en témoigne. Depuis plus de vingt ans, les missions internationales se succèdent — MINUSTAH, MINUJUSTH, aujourd’hui MMAS — sans parvenir à stabiliser durablement le pays. Pire : elles ont souvent laissé derrière elles un bilan désastreux, entre scandales d’abus, dépendance accrue aux financements extérieurs et incapacité à reconstruire des institutions solides. L’OEA elle-même, en 2022, a reconnu « l’échec de la communauté internationale » en Haïti.
Des chiffres qui contredisent les discours
Le contraste est saisissant entre les grandes annonces diplomatiques et la réalité des indicateurs. Selon l’ONU, plus de 4,9 millions d’Haïtiens vivent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,64 million en situation d’urgence. Le nombre de déplacés internes a franchi les 360 000 personnes, tandis que les gangs continuent de contrôler une partie significative du territoire. Sur le plan économique, le FMI prévoit une contraction de –3 % en 2024, la sixième année consécutive de récession. Ces données rappellent que la « communauté internationale », censée soutenir Haïti, a échoué à inverser la tendance. Les politiques d’ajustement structurel imposées depuis les années 1980 ont désindustrialisé le pays, fragilisé son agriculture et renforcé sa dépendance alimentaire, sans jamais permettre un développement endogène.
Une assemblée générale comme rituel
Dans ce contexte, le discours que Laurent Saint-Cyr prononcera le 25 septembre devant l’Assemblée générale s’apparente à un rituel déjà bien rodé : plaider pour la solidarité internationale, réaffirmer la volonté de restaurer la sécurité et la démocratie, promettre un avenir prospère. Mais après des décennies de promesses non tenues, ces paroles risquent une nouvelle fois de sonner creux. Le déplacement du président du CPT s’inscrit dans la continuité d’une diplomatie de façade : montrer que l’État haïtien existe encore sur la scène internationale, sans que cela modifie l’équilibre des forces ni les logiques d’ingérence qui structurent la crise. Derrière la mise en scène diplomatique, la question centrale demeure : qui décidera réellement de l’avenir d’Haïti, le peuple haïtien lui-même ou les puissances étrangères qui dictent leurs conditions sous couvert d’ « aide » ?
Conclusion
Au-delà des discours attendus à la tribune onusienne, le voyage de Laurent Saint-Cyr illustre la contradiction persistante de la diplomatie haïtienne : solliciter une aide internationale dont l’inefficacité est désormais largement documentée, tout en revendiquant la souveraineté nationale. Tant que les décisions resteront dictées par Washington, l’ONU ou le FMI, et non par les forces sociales et politiques haïtiennes elles-mêmes, Haïti restera prisonnière d’un cycle d’ingérence et de dépendance. L’avenir du pays ne se jouera pas à New York, mais dans la capacité du peuple haïtien à reconstruire ses institutions en dehors du carcan impérialiste.
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