Groupe Macaya : le nouveau visage de la bourgeoisie mafieuse Haïtienne
Le secteur privé aux commandes de l’État
Le 7 août dernier, Laurent Saint-Cyr, ancien président de la Chambre américaine de commerce, a pris la tête du Conseil présidentiel de transition (CPT). Son Premier ministre est lui aussi issu du secteur privé, Alix Didier Fils-Aimé. Ainsi, le gouvernement est désormais sous le contrôle direct du patronat et la bourgeoisie haïtienne.
Fritz Alphonse Jean, ancien président du CPT, a résumé la gravité : « Les acteurs du secteur privé ont contribué à créer ce chaos. Quand ils contrôlent les deux branches de l’exécutif, cela soulève des inquiétudes légitimes. »
Cette mainmise sur l’État n’est pas neutre : elle permet à une poignée de familles influentes de transformer les institutions publiques en instruments au service de leur fortune et de leur influence, tout en bloquant toute réforme réelle ou redistribution des richesses.
Une élite compromise, masquée derrière Macaya
Macaya n’est pas née par hasard. Sa création survient au moment où les sanctions internationales frappent de nombreuses figures de l’oligarchie haïtienne, accusées de financer les gangs, et d’instaurer un vaste système de monopole et de corruption.
Le groupe se présente comme un « think tank » moderne, capable de redresser l’économie et de proposer un plan de développement. Mais son objectif réel est ailleurs : recycler une image ternie par la corruption et les collusions, tout en consolidant le contrôle sur l’État et les ressources du pays.
La structure même du groupe révèle ce jeu : des membres issus des familles Bigio, Deeb, Acra et Barreau, toutes liées à d’importants monopoles d’importation et au secteur bancaire privé. Ces familles ont souvent été pointées par les sanctions internationales et l’ONU pour leur rôle dans la corruption, le financement de la violence et l’appropriation des ressources publiques.
Lobbying international : protéger les intérêts, pas développer le pays
Plutôt que d’investir dans l’économie locale ou les infrastructures, Macaya et ses alliés dépensent des centaines de milliers de dollars en lobbying aux États-Unis pour défendre leurs intérêts auprès du gouvernement américain et du Congrès.
Entre 2023 et 2024, la famille Deeb a dépensé plus de 110 000 dollars en lobbying pour protéger ses importations. Des cabinets américains ont été recrutés pour rédiger des plans d’action. Pendant ce temps, la population haïtienne souffre d’insécurité, de pauvreté et d’accès limité aux services de base. Ce choix stratégique montre que Macaya ne vise pas le développement national, mais le maintien de privilèges et le renforcement de réseaux d’influence internationaux.
Plans creux et dépendance aux experts étrangers
Macaya a publié un plan intitulé Un meilleur Haïti pour tous, mais incapable de le rédiger seul, le groupe a payé un consultant américain pour le produire. Ce choix d’expert étranger montre d’une part que le groupe Macaya ne fait pas confiance aux spécialistes haïtiens, et refuse de mobiliser les ressources locales pour apporter une réponse ancrée dans la réalité haïtienne.
Cette dépendance aux experts étrangers rappelle le Forum économique du secteur privé (FESP) après le séisme de 2010, dirigé par Réginald Boulos. Ce forum, présenté comme moteur de reconstruction et de modernisation, a échoué, détournant des fonds internationaux et renforçant l’emprise politique de l’oligarchie sur Haïti.
Une continuité historique de la prédation
L’histoire de l’élite haïtienne montre que ce modèle de prédation se répète depuis des siècles. Les familles oligarchiques ont survécu aux sanctions et aux crises, s’enrichissant même sous les junte militaires ou les gouvernements défaillants. Aujourd’hui, le groupe Macaya incarne la même logique : monopoliser l’économie (importations, banques, assurances), capturer l’État et canaliser l’aide internationale à leur avantage.
Les liens étroits avec le gouvernement de transition – via Saint-Cyr, Fils-Aimé, et des membres du conseil d’administration de banques privées – montrent que Macaya transforme l’État en machine au service de quelques familles, au détriment des millions d’Haïtiens laissés pour compte.
Macaya, obstacle au développement national
Macaya ne représente pas une élite éclairée. Derrière les beaux discours sur la gouvernance et le développement, il y a une stratégie de contrôle et de camouflage : • Maintenir des monopoles qui étranglent le marché local, • Financer ou tolérer la violence pour protéger les intérêts privés, • Utiliser des plans et des consultants étrangers pour légitimer une domination interne, • Consolider des liens avec des diplomates et lobbyistes américains pour influencer la politique haïtienne.
En réalité, Macaya est l’ennemi du développement d’Haïti. Les beaux mots sur la modernisation ne servent qu’à couvrir une mainmise historique sur le pays, qui perpétue la pauvreté, l’injustice et la dépendance.
Conclusion
Haïti n’a pas besoin d’un « nouveau Macaya ». Elle a besoin de se libérer de cette bourgeoisie mafieuse moderne, capable de monopoliser l’État et l’économie pour son enrichissement, tout en bloquant toute perspective de véritable développement national. Macaya symbolise la continuité d’une oligarchie corrompue, et tant que cette logique perdurera, Haïti restera prisonnière d’un cycle de prédation et d’inégalités.
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