Haïti a besoin d’une gauche anticapitaliste et anti-impérialiste : pour que 1804 revive
Un capitalisme de misère : le système de l’exploitation et de la dépendance
Depuis le XIXe siècle, les élites haïtiennes ont choisi le camp du capital et de l’étranger contre celui du peuple. La terre a été concentrée entre les mains de quelques familles, tandis que la majorité paysanne — moteur de la révolution — a été marginalisée. Le XXe siècle a vu s’installer un capitalisme de dépendance : exportation de matières premières, importation massive de produits étrangers, destruction de l’agriculture vivrière, et prolifération d’usines d’assemblage où des ouvrières travaillent pour 5 dollars par jour au profit de multinationales.
Les politiques du FMI et de la Banque mondiale ont aggravé ce désastre. En 1995, Haïti a été forcée d’ouvrir ses frontières aux produits américains. Résultat : le riz subventionné des États-Unis a ruiné les paysans haïtiens. Bill Clinton lui-même a fini par admettre, en 2010, que cette politique avait été une “erreur”, après avoir détruit la souveraineté alimentaire du pays.
Ce modèle n’est pas un accident : c’est le capitalisme périphérique à l’état pur, où la pauvreté du peuple est la condition de la richesse d’une minorité et du profit étranger.
L’impérialisme : une occupation permanente
L’histoire d’Haïti est jalonnée d’occupations directes et indirectes. En 1915, les États-Unis envahissent le pays, s’emparent des réserves d’or de la Banque nationale et imposent une nouvelle Constitution autorisant les étrangers à posséder la terre haïtienne. L’occupation durera 19 ans. Des milliers de paysans révoltés — les Cacos — seront massacrés.
Après le départ des troupes américaines, Washington soutient la montée du duvaliérisme : François et Jean-Claude Duvalier, deux dictateurs soutenus par les États-Unis au nom de la lutte contre le communisme. Pendant près de trente ans, ils ont régné par la terreur, enrichissant leur clan tandis que le peuple crevait.
En 2004, une fois encore, le président élu Jean-Bertrand Aristide, figure populaire issue de la théologie de la libération, est renversé avec l’appui direct de Washington, Paris et Ottawa. S’ensuivent vingt ans d’occupation sous mandat de l’ONU (MINUSTAH), qui laisse derrière elle un bilan tragique : violences, répression, et une épidémie de choléra ayant tué plus de 10 000 personnes.
Aujourd’hui encore, sous couvert de « sécurité », les puissances étrangères préparent une nouvelle intervention armée. Le peuple haïtien est à nouveau nié dans sa souveraineté.
Une gauche populaire pour reconstruire Haïti
Face à cette continuité coloniale, la seule voie d’émancipation est celle d’une gauche anticapitaliste et anti-impérialiste, enracinée dans les luttes du peuple. Cette gauche ne peut pas être une imitation des partis traditionnels corrompus. Elle doit renaître dans les mouvements paysans, les syndicats, les organisations de femmes, les comités populaires, les jeunes des quartiers populaires et la diaspora consciente.
Elle doit revendiquer :
La souveraineté économique : réforme agraire, développement endogène, protection des productions locales ;
Le contrôle populaire de l’État et des ressources : contre la corruption et la privatisation ;
La rupture avec le FMI et les multinationales, qui dictent les politiques publiques ;
Une éducation patriotique et décoloniale, pour revaloriser l’histoire, la langue créole et la dignité du peuple haïtien ;
La solidarité entre peuples du Sud, notamment avec les luttes anticoloniales d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes.
Ce projet n’est pas utopique : il prolonge la promesse de 1804, celle d’un monde libéré du joug racial, économique et impérialiste.
Conclusion : 1804 n’est pas un souvenir, c’est une tâche
Haïti ne renaîtra pas dans les mains de la Banque mondiale ni des forces d’occupation. Elle renaîtra dans les mains de son peuple organisé, conscient et debout. Être anticapitaliste et anti-impérialiste en Haïti aujourd’hui, c’est refuser que la révolution de Dessalines soit trahie une fois de plus. C’est dire : non aux ingérences, non à la misère organisée, non à la domination de classe et de race.
L’avenir d’Haïti ne se construira pas dans la soumission, mais dans la lutte. Et cette lutte — la lutte pour la souveraineté, la justice et la dignité — est, et restera, une lutte de gauche.
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