L’affaire Petro Caribe : un scandale de corruption enterré
46 millions de dollars ont été versés à Constructora ROFI S.A., une entreprise liée au sénateur dominicain Félix Bautista, sans contrat ni justification. Des projets de construction d’écoles, de routes et d’hôpitaux ont été financés mais jamais réalisés, ou abandonnés en cours de route. Le Fonds d’Assistance Économique et Sociale (FAES) a détourné 169 millions de gourdes, sans que les bénéficiaires soient identifiés.
Des personnalités politiques au cœur du scandale
Les rapports de la CSCCA citent nommément plusieurs hauts responsables politiques : Michel Martelly, président de la République de 2011 à 2016, est accusé d’avoir autorisé des dépenses sans contrôle. Laurent Lamothe et Jean Max Bellerive, anciens Premiers ministres, ont signé des contrats de gré à gré en violation des lois sur les marchés publics. Jovenel Moïse, président assassiné en 2021, est cité 69 fois dans le rapport pour des irrégularités dans des projets routiers attribués à sa société Agritrans. D’autres noms comme Wilson Laleau, Marie Carmelle Jean-Marie, Jacques Rousseau, Godson Orélus apparaissent dans les documents officiels. Malgré ces révélations, aucune enquête judiciaire sérieuse n’a été menée. Les institutions judiciaires, souvent politisées ou paralysées, n’ont pas poursuivi les responsables.
Des rapports officiels ignorés
La CSCCA a publié trois rapports entre 2019 et 2020, totalisant plus de 1 000 pages. Ces documents détaillent : des contrats attribués sans appel d’offres, des paiements effectués sans preuve de livraison, des projets budgétisés plusieurs fois pour le même objet, des irrégularités comptables massives dans les ministères de l’Agriculture, du Tourisme, de la Défense et de l’Intérieur. Le troisième rapport, publié en août 2020, couvre 92,1 % des montants votés par résolution. Il recommande des enquêtes internes, des audits indépendants, et la récupération des fonds détournés. Mais ces recommandations sont restées lettre morte.
Une mobilisation populaire trahie
En 2018, le mouvement Petro Challenge a émergé sur les réseaux sociaux, porté par des jeunes, des artistes et des militants. Le tweet du cinéaste Gilbert Mirambeau Jr., demandant « Kot Kòb Petro Karibe a ? » (« Où est passé l’argent de PetroCaribe ? »), a déclenché une vague de protestations dans tout le pays. Des milliers de citoyens ont manifesté dans les rues, exigeant des comptes. Mais tous les gouvernements ont eu apporté les mêmes réponses à cette colère sociale anti-corruption : répression, désinformation, silence. Depuis 2020, les deux gouvernements de transition qui se sont succédé ont délibérément exclu le procès Petro Caribe de leur agenda politique. Dans la majorité des accords proposés pour sortir Haïti de la crise, la question de la reddition de comptes sur ce scandale majeur de corruption est tout simplement absente. Ce silence institutionnalisé traduit une volonté claire d’enterrer l’affaire, malgré les attentes du peuple et les preuves accablantes.
Conclusion
L’affaire Petro Caribe illustre l’impunité qui gangrène l’État haïtien. Les preuves sont là, les rapports sont publics, les noms sont connus. Pourtant, aucun procès, aucune condamnation, aucune restitution. Le peuple haïtien, plongé dans la pauvreté, la violence et l’instabilité, attend toujours que justice soit faite. Ce scandale n’est pas seulement une affaire de chiffres : c’est une trahison de la confiance publique, une atteinte à la dignité nationale. Tant que les responsables ne seront pas jugés, Haïti restera prisonnière d’un système où la corruption est la norme, et la justice une illusion.
Caleb Deshormes
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