Sterline Civil et Jean Ronald Joseph, deux faces d’un même système de corruption
Jean Ronald Joseph : le règne du silence comptable et des pratiques douteuses
Durant ses années à la tête du FNE, Jean Ronald Joseph a su cultiver l’art du flou. Aucune reddition de comptes claire, aucun audit public n’a été présenté à la population, malgré des centaines de millions de gourdes collectés chaque année. « Aucun audit comptable n’a été publié depuis 2017 ». À cette opacité s’ajoutent des privilèges choquants : un salaire de 650 000 gourdes par mois, confirmé par l’intéressé lui-même, dans un pays où un instituteur peine à toucher 15 000 gourdes. Les critiques parlent d’un « scandale salarial » qui illustre la logique d’une institution détournée pour enrichir ses dirigeants. Ainsi, de « gros » salaires injustifiés auraient été payés spécifiquement au « clan » de Jean Ronald au sein du FNE.
Maitre Caleb Jean-Baptiste, a aussi accusé l’ex directeur général d’enrichissement illicite, détournement de biens publics, perception de pots-de-vin, abus d’influence et association de malfaiteurs. Le 15 mai 2024, Jean Ronald Joseph a été auditionné dans le cadre de la disparition de données informatiques sensibles du FNE. Là encore, aucune suite judiciaire claire. Comme souvent, les enquêtes ouvertes dans le pays s’achèvent dans l’impunité.
Sterline Civil : rupture promise, continuité assurée
Nommée à la tête du FNE en 2024, Sterline Civil se présentait comme la championne de la transparence. Elle promettait audits, assainissement, publication de son patrimoine. Mais très vite, les dénonciations ont fusé. Le RNDDH, par la voix de Pierre Espérance, a dénoncé une direction « sous tutelle familiale ». Selon l’organisation, ce n’est pas Civil mais son mari, Corvington Jean, qui imposait ses décisions. « Le FNE est contrôlé par un clan mafieux où Sterline Civil joue le rôle de pantin », accuse le RNDDH. À cette mainmise familiale s’ajoutent des nominations arbitraires, un climat d’intimidation parmi les employés, et une politisation croissante de l’institution.
Les critiques dénoncent des « purges » administratives et le remplacement de cadres compétents par des proches du clan au pouvoir. En mars 2025, Civil elle-même reconnaissait un gouffre financier : 2,3 milliards de gourdes de dettes, des employés fantômes rémunérés, des contrats antidatés. Mais là encore, aucune publication d’audit officiel. Ses promesses de rupture se sont perdues dans les mêmes zones d’ombre que celles de son prédécesseur.
Un système verrouillé par une mafia politique
Qu’il s’agisse de Joseph ou de Civil, la logique est identique : le FNE est traité comme une caisse politique, non comme un outil d’éducation publique. Les directeurs sont nommés sur critères partisans, protégés par des parrains politiques, et exonérés de rendre des comptes.
La révocation de Sterline Civil en septembre 2025, qu’elle conteste devant la Cour Supérieure des Comptes, illustre ce verrouillage. Ce n’est pas la loi qui gouverne le FNE, mais le jeu d’influences : tantôt les réseaux liés au PHTK, tantôt ceux d’EDE et du CPT, toujours au détriment de la mission sociale de l’institution.
Au-delà des deux individus, c’est l’idée même d’un État éducateur qui s’effondre. Le FNE devait être capable de bâtir des écoles publiques, de payer les enseignants, de démocratiser l’accès au savoir. Quinze ans après sa création, il ne reste que des scandales, des dettes, et des accusations de corruption. Pendant que des milliards disparaissent dans l’opacité, les familles haïtiennes continuent de payer des frais de scolarité exorbitants, les écoles publiques manquent de tout, et les enseignants descendent dans la rue pour réclamer leurs salaires.
Conclusion : deux faces, une même impasse
Jean Ronald Joseph et Sterline Civil se renvoient la responsabilité d’un désastre qu’ils partagent. L’un a laissé un héritage opaque, l’autre a prolongé la logique en la repeignant aux couleurs de son clan. Sans rupture avec ce système de prédation, le FNE restera un symbole de la corruption structurelle qui mine l’État haïtien. La question n’est donc plus de savoir qui, de Joseph ou de Civil, a été le plus incompétent et prédateur. La question est de savoir combien de temps encore les élites politiques pourront détourner une institution censée donner aux enfants d’Haïti ce qu’ils attendent depuis des générations : une école publique digne, gratuite et de qualité.
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